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Première soirée à la Cinémathèque de Grenoble

Voir l’album sur la première séance à la Cinémathèque
Un film surprise. La première soirée de projection du Cinéduc 2008 a lieu à la Cinémathèque de la ville de Grenoble. Le public présent est venu sans savoir quel film est projeté. Bruno Thivillier, du cinéma le Méliès accompagné de Jean-Philippe Tessé, rédacteur aux Cahiers du Cinéma n’ont pas fait durer le suspense plus longtemps, dévoilant leur choix : L’esprit de la ruche avec entre autres Ana Torrent. Réalisé en 1973, il s’agit du second film de Victor Erice, qui signe également le scénario de ce film méditatif sur les liens entre le réel et le cinéma, le fantastique, le rêve et la folie.
Pour plus d’informations vous pouvez consulter le site internet du Centre Pompidou qui a consacré une exposition à Victor Erice et à Abbas Kiarostami nommée Correspondances. Afin de mieux percevoir le film dans le film vous pouvez également vous replonger dans la première version de Frankenstein (James Whale, 1931).
Intervention de Jean-Philippe Tessé (Les Cahiers du cinéma) autour du film “L’esprit de la ruche” de Victor Erice
Une fillette au ton solennel, habillée comme une grande dame est assise à un immense bureau en bois. Elle tape lentement à la machine, ses beaux yeux noirs perdus dans le vide. Dans la pénombre, on distingue en dessus d’elle le tableau d’un Saint, figure tutélaire et effrayante qui rappelle celle du père. Soudain, un cri strident rompt le silence.
La petite fille, c’est Ana Torrent, dans son premier film, L’esprit de la ruche (Victor Erice, 1973). Ce film, qui peut entièrement être considéré comme une méditation sur le cinéma, la distinction entre réel et fiction, peut également être vu comme un conte initiatique manqué, la quête avortée de l’autonomie par une enfant. Au départ, elle est complètement sous l’influence de sa grande sœur Isabel et également en adoration devant ses parents. Le père dont la seule présence suffit à la ravir dans les premières scènes du film finit par lui apparaître comme un cerbère.
En fait, tous ses repères se fissurent petit à petit. Sa sœur en qui elle a entièrement confiance finit par lui mentir. Le cri qui vient conclure le plan décrit en introduction est le sien. Elle fait alors croire à Ana qu’elle est morte avant de se glisser derrière elle afin de l’effrayer. Cette relation presque exclusive entre les deux enfants est avant tout du à l’absence des parents. La mère est entièrement absorbée par une histoire d’amour passée, qu’elle revit au quotidien ; alors que le père toujours lointain ne vient qu’épisodiquement poser son regard sur ses filles qui irrémédiablement s’éloignent de lui.
La folie dans laquelle Ana va basculer à la fin du film est donc autant la résultante du ravissement opéré par le cinéma fantastique, que de la désacralisation trop précoce de toutes les figures de la famille. La trahison de sa sœur, l’absence de la mère, le rôle ambigu tenu par le père, sont ainsi des facteurs essentiels du processus qui va la mener à la démence.




