Vendredi 8 février

10 02 2008

Focus sur…

Seconde partie de l’interview de Jean-Marie Barbe.

Son intervention porte ici sur le dernier film du réalisateur cambodgien Rithy Panh, Le papier ne peut pas envelopper la braise (2007), dont vous pouvez regarder la bande annonce. Il insiste sur l’importance du dispositif dans ce film, ainsi que sur les liens entre fiction et documentaire.

Il évoque également le dernier projet du réalisateur, intitulé Un barrage contre le pacifique avec Isabelle Huppert, adaptation d’un roman de Margueritte Duras.

Focus sur…

Le papier ne peut pas envelopper la braise, de Rithy Panh (un article de l’équipe Paroles d’Images)

“Aun Tauch, Da, Mab, Phirom, Môm: elles sont des dizaines dans le Building blanc, au centre de Phnom Penh, à travailler chaque soir sous la surveillance d’un «placeur» chargé de rabattre les clients. De très jeunes femmes, prostituées dès l’adolescence, viennent de la campagne pour vendre à la capitale leur virginité. Très vite, le peu d’argent auquel elles ont droit sert, non pas à nourrir leurs familles, mais à rembourser les dettes contractées auprès de leurs patrons, qui les tiennent ainsi prisonnières, et à acheter le mâ, cette drogue à base d’amphétamines qui leur permet de tenir. Misère matérielle et affective, sida, avortements à répétition, honte, mais aussi chants et rires, disputes et bavardages sans fin sont leur lot quotidien.”

Le thème de la famille dans le dernier film de Rithy Panh semble relégué à la marge. Les prostitués, qu’il filme dans le huit clos du building à Phnom Penh où elles vivent, ont coupé tous liens avec leur famille. Elles ont laissé leurs enfants à leurs mères ; ces parents avec qui le lien affectif s’est estompé derrière le besoin d’argent et la nécessité de survivre. Pourtant, le thème de la famille est au centre de la narration. Il se donne de biais, dans les relations qui se sont tissées entre ces femmes déchues. Car finalement, ces jeunes filles qui souffrent ensemble, qui vivent ensemble, forment une communauté, une famille de cœur, créée dans l’adversité. La pauvreté et le désarroi dans lequel elles vivent les ont réunies. C’est avec sobriété que le regard est porté sur ces vies délaissées, ignorées, maltraitées jusque dans la chair et dans l’âme.

La famille est également présente de manière directe à travers l’exemple de deux sœurs, toutes deux prostituées. A 17 ans, l’aînée suit une amie à la capitale, à la recherche d’une vie meilleure. Piégée, elle tombe rapidement dans la spirale infernale de la prostitution. Piégeuse à son tour, elle attire sa propre sœur dans la même situation, pour qui le sort sera encore plus dur. En effet, atteinte par le virus du SIDA, sa dégénérescence physique s’inscrit dans le temps du film parallèlement à l’évolution de sa maladie.

Sans jugement, Rithy Panh nous mène à comprendre que cette communauté de femmes prises dans le même destin, est également le lieu de toutes les trahisons. Il rappelle en cela le néoréalisme de De Sica (Le voleur de bicyclette, 1948), les pauvres étant obligés de se voler, de se tromper entre eux.

En jouant sur la frontière entre le genre documentaire et la fiction, Le papier ne peut pas envelopper la braise est riche de ces échanges, de ces mises en scènes aussi, témoignant de ces corps déjà morts, rongés par la violence, la maladie ou l’addiction, la honte, le regret. L’image de la destruction passe par le corps devenu objet, mais la dignité est redonnée à ces femmes par leurs paroles, témoignages d’une vie.

 


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21 01 2009
Signalement : Le centre de ressources audiovisuelles Bophana (Cambodge) «

[...] machine de mort Khmère rouge (2002) et Le papier ne peut pas envelopper la braise (2007) (voir le billet consacré à la présentation de ce dernier film lors du Cinéduc 2008). Son film Un barrage contre [...]

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