Focus sur Festen de Thomas Vintenberg, 1998
A ceux qui pensaient que le thème de la famille était trop consensuel, le film Festen répond clairement que non. Tout commence pourtant de manière très classique. Les membres d’une fratrie de la bourgeoisie danoise se réunissent pour fêter l’anniversaire du chef de famille. Les personnages semblent mêmes assez stéréotypés : le fils qui a réussi dans la restauration en France, le second fils, instable, qui ne supporte plus sa femme et tient un tripot dans la ville voisine, la fille artiste délurée, les servantes qui ont chacune eu une aventure avec les fils de la maison, le maître d’hôtel très cérémonieux et le maître de cérémonie toujours très jovial. Il y a aussi les parents, incarnations de la dignité et du raffinement, de la réussite et du pouvoir. Mais rapidement tout tremble. D’abord le cadre, les angles de prise de vues, les plans réalisés suivant les recommandations du « dogme », puis le sens même de la narration. On apprend rapidement que dans cette « famille modèle » un drame larvé se trame. Il y a quelques jours une des sœurs s’est suicidée. Pour quelles raisons? Dans quelles circonstances ? Tel est la trame du film.
Cette réunion de famille sera donc celle de toutes les révélations, de tous les règlements de compte, du devenir adulte des enfants et du devenir monstre des parents. Dans un huit clos imposé par les serviteurs (qui ont volé toutes les clefs de voitures), l’institution familiale va devoir subir tous les affronts, voir se craqueler toutes les étiquettes, tous les non-dits sur lesquels elle s’est construite depuis des années. La question sous-jacente à toutes les actions des personnages est donc celle du respect des conventions, du silence tacite qui s’est instauré autour de certains secrets qui gênent : les relations entre générations, l’inceste, le racisme…




