En correspondance vers…

16 04 2009

La première séance des Cinéchanges 2009 portant sur la migration et la libre circulation des personnes s’est déroulée le 31 mars 2009 à la Maison des Initiatives Etudiantes en présence d’une trentaine de personnes. Le sujet était En correspondance vers…,  soit celui du transit, du voyage, de l’entre-deux, de la circulation des migrants.

Cinéchanges 2009 : 1ère séanceCinéchanges 2009 : 1ère séance

Trois des quatre formes courtes que nous avons projetées sont disponibles sur Internet et nous nous proposons donc de vous les présenter synthétiquement.

Le premier film, de Bill Morisson, s’intitule Who by water (Hypnotic Pictures, 2007). Le réalisateur pratique le found footage, c’est-à-dire qu’il reprend d’anciennes pellicules qu’il remonte, en lien avec une musique ici interprétée par une école de musique de Manhattan. Nous avons choisi ce film pour débuter cette projection – et ce cycle – car il a un caractère à la fois presque abstrait et très contemplatif et qu’en même temps il met les spectateurs face à la diversité et la multiplicité des visages d’une possible migration. Il ne s’agissait cependant pas d’instrumentaliser ce film qui, s’il a été mis en regard avec les problématiques de notre séance, a également été présenté comme portant sur d’autres questions – enregistrement de traces, mémoire et travail sur la pellicule – qui sont propres au réalisateur.

destination
Le second film, que nous ne pouvons ici que présenter par l’écrit, s’intitule Destination et a été réalisé en 2004 par Fabrice Camoin (Films du poisson, qui produisent également le long-métrage Nulle Part Terre Promise, d’Emmanuel Finkiel). Dans ce dernier, des ressortissants marocains anonymes traversent la France dans un bus affrété par leur patron, pour aller travailler dans de piètre conditions en Italie (les jeux de reflets en même temps que l’impression d’enfermement rendus dans cette séquence du voyage en bus sont particulièrement notables). Lors d’une pause à une station service, Nabil, personnage incarné  par l’acteur Samir Guesmi, choisit de partir pour échapper à ce destin tout tracé. A partir de là, c’est son itinéraire singulier que l’on suit, sa volonté de s’approprier pour un instant la liberté. Sans cesse de nouveau sur la route, c’est avant tout sa difficulté, voir son impossibilité, à trouver sa place dans la société française que l’on accompagne du regard.

Dans le troisième film Mesnil-Amelot, réalisé par Thy Bach Thuyet dans le cadre des Actualités Démocratiques de Montreuil en 2007, on ne suit plus un migrant, mais un regard porté sur les conditions de la migration. Dès le premier plan, la caméra reprend la route pour nous conduire aux alentours de l’aéroport de Roissy, dans une petite commune sur laquelle est située le plus grand Centre de Rétention Administrative (CRA) de France. La réalisatrice questionne et expose les contradictions des habitants du village et insiste sur le manque d’informations communiquées par les médias. Son regard sans concession se refuse pourtant à tout jugement et se termine sur un questionnement que nous avons relayé auprès des spectateurs : pourquoi savons-nous si peu de choses sur ces Centres ?

La dernière forme visuelle que nous avons projeté est un extrait durant 3′40 du journal du soir de France 2 portant sur l’incendie du CRA de Vincennes le 22 juin 2008.
On a juste relevé deux éléments qui font écho au film précédent : le lapsus de la journaliste entre les termes de “retenus” et de “détenus” (2′33, qui renvoie à Mesnil- Amelot, 4′33) et l’absence de définition satisfaisante du terme de “Centre de Rétention” par la journaliste sur place, alors que le journaliste en plateau lui pose la question. Lors de la discussion on a également été amené à s’interroger sur la manière dont les associations d’aides aux migrants sont présentées dans cette actualité. Enfin, on est revenu sur la question de la définition de ces CRA. Les échanges ont aussi porté sur les choix des films et la manière dont leur enchaînement pouvait – ou non – être créateur de sens.

Comme à notre habitude les discussions se sont ensuite poursuivies de manière plus individuelle autour d’un verre… les sujets abordés le plus souvent furent alors ceux des liens à tisser entre les différents films, des partis pris de chacun des réalisateurs, des rapports entre image et bande sonore, etc.

Rémy Besson

Je tiens tout particulièrement à remercier Marie Sanyas pour la recherche documentaire et le travail de coordination qu’elle a mené pour la mise en place de cette projection. Mélanie, Mélody, Sabine et Fanny ont également participé activement à la définition du sujet et à la mise en place de cette première séance dont j’ai assuré la médiation.





Pour un instant la fraternité

13 04 2009

En 2008, quand nous avons choisi le thème du troisième cycle de Cinéchanges, nous sommes partis d’un constat simple ; alors que le durcissement des politiques migratoires était une réalité dont nous pouvions observer les évolutions presque quotidiennement, la thématique était absente des écrans de cinéma français.

Il nous semblait alors tout simplement incompréhensible que l’on doive se tourner vers les Etats-Unis pour voir produire un film tel que The Visitor (2008, Thomas McCarthy) dont les sujets, – libre circulation des personnes, prise de conscience d’un citoyen américain, centre de rétention – faisaient écho à la situation en Europe.

Aujourd’hui, il semble que l’actualité cinématographique ait été rattrapée par le politique et à l’heure où débutent les projections de Paroles d’images, au moins quatre films liés à ces thématiques sont visibles dans les salles obscures.

Le premier, Eden à l’ouest de Costa Gavras, est un film engagé « classique », une odyssée moderne dans laquelle un jeune immigré tente de rejoindre Paris. Entre amitiés naissantes et délations toujours présentes, ce sont les premières routes d’une Europe qui commence au Sud (Grèce, Italie) et remonte vers le Nord (ici, la France) qui se dessine.

Le second film, Pour un instant la liberté de Arash T. Riahi (voir le dossier de presse), est certainement celui qui a été le moins vu. Dans ce cas, la migration s’arrête aux portes de l’Europe, dans la cité d’Istanbul où les personnages fuyant le régime des mollahs iraniens sont à la fois traqués par la police politique de leur pays et interdits de passage par les autorités publiques internationales, qui seules décident de qui pourra ou non traverser le Bosphore. Le chemin du film est ici celui d’une absence de route qui conduit le récit à se replier sur une boucle dramatique (la première et la dernière séquence représentant une exécution).

Le troisième film, Welcome de Philippe Lioret, s’articule autour des histoires parallèles d’un jeune migrant kurde, qui rêve d’amour, de foot et d’Angleterre mais se retrouve coincé à Sangatte ,et d’un maître nageur, Vincent Lindon, qui, empêtré dans son divorce, est amené à prendre conscience de l’existence de cet autre qui ère littéralement à sa porte. La route vers la liberté et cet essai de fraternité sont cette fois rompus, par l’infranchissable Manche (frontière physique s’il en est), par le récit tragique d’une noyade annoncée.

Enfin, sans casting attirant, Nulle Part Terre Promise d’Emmanuel Finkiel, porte sur la route elle-même, sur l’errance comme mode d’existence. Exil des machines d’une usine d’ Ouest en Est, exode de migrants d’ Est en Ouest, voyage en quête de réalité d’une jeune occidentale dans le nord de l’Europe, sont les trois métaphores de ce conte moderne. Alors que les migrants se meuvent avec difficulté, se débattent avec toutes les frontières imaginables, la jeune femme, caméra au poing est en quête d’images « de gens forts », mais entre voyeurisme et misérabilisme, elle n’arrive finalement qu’à enregistrer sa propre image (dernier plan du film).
Récit emplit de symboles, de détails, de reflets, Nulle part terre promise réussit le difficile pari d’être en même temps une médiation aux images (qui pose la question de ce que signifie faire un film sur un tel sujet) et une médiation par l’image (qui sensibilise le spectateur aux problématiques liées aux migrations).

Nous pouvons mettre en exergue de ces films un même photogramme, un simple plan, une demi seconde du film d’Emmanuel Finkiel, sur lequel un ministre,  grand défenseur de l’identité nationale, pourrait gloser à l’infini. Sur le bord d’une route, face à la Manche : un mât ; en haut de ce mât, deux bandes de couleurs, une bleue, une blanche ; au bout de ces deux bandes battues par le vent quelques lambeaux de tissu rouges s’effilochent. Ces films, pour un instant – une heure et demi, deux heures – essayent, par les questions qu’ils soulèvent, d’en retisser les fils, de (re)créer la fraternité… tel est humblement aussi le sens du projet de projections que nous menons actuellement en partenariat avec Amnesty International et RESF.

Rémy Besson (au nom de l’équipe de Paroles d’Images)





2ème séance du cycle “Circulez y a rien à voir”.

6 04 2009

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” Vu(e)s d’ici, vies d’ailleurs”

Mardi 14 avril 2009 à 19h30 à la MIE

Programmation de la deuxième séance suivie d’une discussion animée par Adèle Sutre et Marine Philippon : Lisez la suite de cette entrée »