Pour un instant la fraternité

13 04 2009

En 2008, quand nous avons choisi le thème du troisième cycle de Cinéchanges, nous sommes partis d’un constat simple ; alors que le durcissement des politiques migratoires était une réalité dont nous pouvions observer les évolutions presque quotidiennement, la thématique était absente des écrans de cinéma français.

Il nous semblait alors tout simplement incompréhensible que l’on doive se tourner vers les Etats-Unis pour voir produire un film tel que The Visitor (2008, Thomas McCarthy) dont les sujets, – libre circulation des personnes, prise de conscience d’un citoyen américain, centre de rétention – faisaient écho à la situation en Europe.

Aujourd’hui, il semble que l’actualité cinématographique ait été rattrapée par le politique et à l’heure où débutent les projections de Paroles d’images, au moins quatre films liés à ces thématiques sont visibles dans les salles obscures.

Le premier, Eden à l’ouest de Costa Gavras, est un film engagé « classique », une odyssée moderne dans laquelle un jeune immigré tente de rejoindre Paris. Entre amitiés naissantes et délations toujours présentes, ce sont les premières routes d’une Europe qui commence au Sud (Grèce, Italie) et remonte vers le Nord (ici, la France) qui se dessine.

Le second film, Pour un instant la liberté de Arash T. Riahi (voir le dossier de presse), est certainement celui qui a été le moins vu. Dans ce cas, la migration s’arrête aux portes de l’Europe, dans la cité d’Istanbul où les personnages fuyant le régime des mollahs iraniens sont à la fois traqués par la police politique de leur pays et interdits de passage par les autorités publiques internationales, qui seules décident de qui pourra ou non traverser le Bosphore. Le chemin du film est ici celui d’une absence de route qui conduit le récit à se replier sur une boucle dramatique (la première et la dernière séquence représentant une exécution).

Le troisième film, Welcome de Philippe Lioret, s’articule autour des histoires parallèles d’un jeune migrant kurde, qui rêve d’amour, de foot et d’Angleterre mais se retrouve coincé à Sangatte ,et d’un maître nageur, Vincent Lindon, qui, empêtré dans son divorce, est amené à prendre conscience de l’existence de cet autre qui ère littéralement à sa porte. La route vers la liberté et cet essai de fraternité sont cette fois rompus, par l’infranchissable Manche (frontière physique s’il en est), par le récit tragique d’une noyade annoncée.

Enfin, sans casting attirant, Nulle Part Terre Promise d’Emmanuel Finkiel, porte sur la route elle-même, sur l’errance comme mode d’existence. Exil des machines d’une usine d’ Ouest en Est, exode de migrants d’ Est en Ouest, voyage en quête de réalité d’une jeune occidentale dans le nord de l’Europe, sont les trois métaphores de ce conte moderne. Alors que les migrants se meuvent avec difficulté, se débattent avec toutes les frontières imaginables, la jeune femme, caméra au poing est en quête d’images « de gens forts », mais entre voyeurisme et misérabilisme, elle n’arrive finalement qu’à enregistrer sa propre image (dernier plan du film).
Récit emplit de symboles, de détails, de reflets, Nulle part terre promise réussit le difficile pari d’être en même temps une médiation aux images (qui pose la question de ce que signifie faire un film sur un tel sujet) et une médiation par l’image (qui sensibilise le spectateur aux problématiques liées aux migrations).

Nous pouvons mettre en exergue de ces films un même photogramme, un simple plan, une demi seconde du film d’Emmanuel Finkiel, sur lequel un ministre,  grand défenseur de l’identité nationale, pourrait gloser à l’infini. Sur le bord d’une route, face à la Manche : un mât ; en haut de ce mât, deux bandes de couleurs, une bleue, une blanche ; au bout de ces deux bandes battues par le vent quelques lambeaux de tissu rouges s’effilochent. Ces films, pour un instant – une heure et demi, deux heures – essayent, par les questions qu’ils soulèvent, d’en retisser les fils, de (re)créer la fraternité… tel est humblement aussi le sens du projet de projections que nous menons actuellement en partenariat avec Amnesty International et RESF.

Rémy Besson (au nom de l’équipe de Paroles d’Images)



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