La première séance des Cinéchanges 2009 portant sur la migration et la libre circulation des personnes s’est déroulée le 31 mars 2009 à la Maison des Initiatives Etudiantes en présence d’une trentaine de personnes. Le sujet était En correspondance vers…, soit celui du transit, du voyage, de l’entre-deux, de la circulation des migrants.
Trois des quatre formes courtes que nous avons projetées sont disponibles sur Internet et nous nous proposons donc de vous les présenter synthétiquement.
Le premier film, de Bill Morisson, s’intitule Who by water (Hypnotic Pictures, 2007). Le réalisateur pratique le found footage, c’est-à-dire qu’il reprend d’anciennes pellicules qu’il remonte, en lien avec une musique ici interprétée par une école de musique de Manhattan. Nous avons choisi ce film pour débuter cette projection – et ce cycle – car il a un caractère à la fois presque abstrait et très contemplatif et qu’en même temps il met les spectateurs face à la diversité et la multiplicité des visages d’une possible migration. Il ne s’agissait cependant pas d’instrumentaliser ce film qui, s’il a été mis en regard avec les problématiques de notre séance, a également été présenté comme portant sur d’autres questions – enregistrement de traces, mémoire et travail sur la pellicule – qui sont propres au réalisateur.

Le second film, que nous ne pouvons ici que présenter par l’écrit, s’intitule Destination et a été réalisé en 2004 par Fabrice Camoin (Films du poisson, qui produisent également le long-métrage Nulle Part Terre Promise, d’Emmanuel Finkiel). Dans ce dernier, des ressortissants marocains anonymes traversent la France dans un bus affrété par leur patron, pour aller travailler dans de piètre conditions en Italie (les jeux de reflets en même temps que l’impression d’enfermement rendus dans cette séquence du voyage en bus sont particulièrement notables). Lors d’une pause à une station service, Nabil, personnage incarné par l’acteur Samir Guesmi, choisit de partir pour échapper à ce destin tout tracé. A partir de là, c’est son itinéraire singulier que l’on suit, sa volonté de s’approprier pour un instant la liberté. Sans cesse de nouveau sur la route, c’est avant tout sa difficulté, voir son impossibilité, à trouver sa place dans la société française que l’on accompagne du regard.
Dans le troisième film Mesnil-Amelot, réalisé par Thy Bach Thuyet dans le cadre des Actualités Démocratiques de Montreuil en 2007, on ne suit plus un migrant, mais un regard porté sur les conditions de la migration. Dès le premier plan, la caméra reprend la route pour nous conduire aux alentours de l’aéroport de Roissy, dans une petite commune sur laquelle est située le plus grand Centre de Rétention Administrative (CRA) de France. La réalisatrice questionne et expose les contradictions des habitants du village et insiste sur le manque d’informations communiquées par les médias. Son regard sans concession se refuse pourtant à tout jugement et se termine sur un questionnement que nous avons relayé auprès des spectateurs : pourquoi savons-nous si peu de choses sur ces Centres ?
La dernière forme visuelle que nous avons projeté est un extrait durant 3′40 du journal du soir de France 2 portant sur l’incendie du CRA de Vincennes le 22 juin 2008.
On a juste relevé deux éléments qui font écho au film précédent : le lapsus de la journaliste entre les termes de “retenus” et de “détenus” (2′33, qui renvoie à Mesnil- Amelot, 4′33) et l’absence de définition satisfaisante du terme de “Centre de Rétention” par la journaliste sur place, alors que le journaliste en plateau lui pose la question. Lors de la discussion on a également été amené à s’interroger sur la manière dont les associations d’aides aux migrants sont présentées dans cette actualité. Enfin, on est revenu sur la question de la définition de ces CRA. Les échanges ont aussi porté sur les choix des films et la manière dont leur enchaînement pouvait – ou non – être créateur de sens.
Comme à notre habitude les discussions se sont ensuite poursuivies de manière plus individuelle autour d’un verre… les sujets abordés le plus souvent furent alors ceux des liens à tisser entre les différents films, des partis pris de chacun des réalisateurs, des rapports entre image et bande sonore, etc.
Rémy Besson
Je tiens tout particulièrement à remercier Marie Sanyas pour la recherche documentaire et le travail de coordination qu’elle a mené pour la mise en place de cette projection. Mélanie, Mélody, Sabine et Fanny ont également participé activement à la définition du sujet et à la mise en place de cette première séance dont j’ai assuré la médiation.















