Des engagés

15 06 2009

L’association Paroles d’Images continue son cycle des Cinéchanges 2009 sur la migration et la libre circulation des personnes à l’ Espace Cambrai. Mercredi 20 mai, dans une salle comble ( environ trente personnes) a eu lieu la quatrième séance sur le thème de l’engagement.

Les questions abordées dans les films étaient celles de la prise de position par rapport à la condition des migrants en Europe (France et Belgique), que ce soit ceux qui participent du système de rétention et d’expulsion, ou au contraire ceux qui luttent contre ce système (RESF entre autres). Lors de cette séance des formes visuelles diverses – reportage, documentaire, clip – portant différents regards sur cette problématique ont été diffusé. Nous avons choisi dans ce cadre de ne pas diffuser tous les films à la suite, mais de lancer une discussion entre chaque projection.

Ainsi, après un rapide retour sur l’atelier sonore de la semaine précédente, nous avons passé le premier film sur l’engagement : Laissez-les grandir ici, du collectif des cinéastes pour les « sans-papiers » (2007). Ce film, résultat d’un travail en collaboration avec des enfants sans papiers, est parfois projeté en première partie de séance dans les salles du réseau de cinémas MK2 et quelques autres salles Art et Essai. Il confronte le spectateur à la parole d’enfants sans papiers qui évoquent leur quotidien. D’emblée l’émotion fut vive dans l’assistance. L’aspect mise-en-scène militante fut toutefois discutée, en particulier l’utilisation des enfants dans le discours qui fait appel aux émotions des spectateurs.

Le deuxième film, L’interview de Guillaume, policier escortant les expulsés de France, de Zoe Varier (2008), est un témoignage à visage caché, d’un policier. Interrogé par une journaliste, dont on n’entend également que la voix, il défend sa profession et la complexité de son rôle dans le système d’expulsion. Le premier élément relevé fut le contraste avec le premier film où des enfants en situation illégale s’expriment à visage découvert, tandis que le représentant des forces de l’ordre se cache – ceci étant d’ailleurs certainement dû à sa fonction (devoir de réserve). Mais derrière la sincérité de ce policier qui nous ferait presque « de la peine » pour reprendre les termes de l’un des participant, le public a reconnu, point par point, le discours du Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale. La question de l’usage de l’ironie par la journaliste vs. un regard dit objectif fut également soulevée. En effet, il a semblé à certains que les propos de cet interview « étaient tellement gros » qu’ils n’étaient pas à prendre au premier degré. De plus, il semble que la journaliste et l’émission dans le cadre de laquelle ce reportage a été diffusé a pour habitude de faire usage de ce type de double langage. Mais cette ironie est-elle saisissable par tout le monde ?

Le troisième film, Rendez-nous nos Maliens, de Viriginie Berda (2009), a remporté le prix du meilleur documentaire international francophone, lors du concours organisé par Radio Canada international, consacré aux questions de migration, en 2008. Il raconte la mobilisation d’un village breton pour éviter l’expulsion de 23 Maliens. Ce film a suscité de vives réactions aussi bien empathiques que plus critiques. Le titre même dérangeait : Rendez-nous « nos Maliens ». Il semble également que la prise de position des villageois ait été interprétée comme un engagement avant tout économique : « s’ils se battent pour les Maliens, c’est parce qu’ils en ont besoin à l’usine ». Cette discussion déboucha sur une question cruciale : peut-on s’engager de manière totalement altruiste, ou y a-t-il toujours une part d’intérêt personnel dans tout acte engagé ?

La quatrième et dernier film provient de la série Striptease : Vacances à Vottem, de Philippe Cornet (1999), il nous présente la vie quotidienne d’un centre de rétention : les personnes qui y sont enfermées, ceux qui y travaillent (médecins, surveillants, policiers…), et les relations qu’ils entretiennent. Ce film fit émerger une sensation troublante pour le public, par le contraste entre la violence de la situation (la « détention » de sans-papiers dans un centre qui ressemble à une prison) et l’apparente bonhommie des rapports entre les « retenus » et leurs gardiens. Le film fut mis en parallèle de l’interview du policier, et des choix, plus ou moins « contraints », que ces travailleurs ont fait.

En fin de séance, Djamila Rezgui, la responsable du centre social, a rappelé les problèmes liés à une médiatisation négative suite aux événements violents qui se sont déroulés dans le quartier en septembre dernier. Elle nous a interrogé sur la légitimité de la parole des médias : « quels sont les discours diffusés par les journalistes et comment les recevons-nous ? » Cette mise en parallèle des rapports aux médias qu’ont pu avoir les gens du quartier a permis d’ouvrir le débat sur les enjeux d’un travail sur les différentes formes d’images.

Pour conclure, cette séance a regroupé un public très diversifié : des personnes internes et externes à l’Espace Cambrai ou à Paroles d’Images : membres du CLA (Comité Local d’Animation), adhérents, bénévoles, stagiaires et étudiants couvraient toutes les tranches d’âges. Une des questions récurrentes fut celle de notre propre position, et la prise de conscience que nous étions tous un maillon de la chaine de cette société dont nous avons parlé.

Melanie Fioleau et Marie Sanyas

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